Comment mon endométriose m’a rendue stone

Le weekend dernier, j’étais stone. Je n’ai pas pris de drogues, et je n’ai pas bu d’alcool non plus. Et pourtant j’étais stone. C’est un sentiment de contentement, de satisfaction, comme si la vie m’avait donné une deuxième chance. Je me sentais capable d’escalader des montagnes et j’aurais pu pleurer de satisfaction. Pourtant, 2 heures plus tôt j’étais allongée sur le sol de mon appartement, avec la tête dans la cuvette des toilettes, à vomir et ressentir une douleur qui me déchirait de l’intérieur. Ce n’est pas la première fois que je ressens une telle sensation. Bienvenue dans mon monde de l’endométriose.

J’étudie la psychologie. Si c’est votre cas aussi (et même si ce n’est pas le cas), vous vous dites peut-être que je suis bipolaire. J’alterne ce qui ressemble à de la dépression avec des accès maniaques… il faut que je me fasse soigner, non ?

Mais en fait non. Il est clair que j’ai parfois des hauts et des bas. Néanmoins, je ne suis pas bipolaire. C’est vrai, j’avais le sentiment d’être en train de mourir et puis deux heures plus tard je dansais dans mon appartement. Mais ce n’était pas lié à un quelconque trouble mental. J’étais stone parce que la douleur était partie.

Quand la douleur est si forte que l’on ne tient plus debout

Avez-vous déjà ressenti une très forte douleur ? C’est le type de douleur qui vous empêche de faire quoique ce soit : travailler, parler, étudier, manger, appeler à l’aide, et même tenir debout. Cela m’arrive de temps en temps. Ma douleur provient d’une maladie qui s’appelle l’endométriose. Bien que je sois fière de dire que je suis parvenue à “soigner” naturellement cette maladie au fil des années, je ne peux pas renier le fait qu’elle n’est jamais complètement partie. Par le passé (pas si lointain), j’avais pour habitude de prendre de grandes quantités de médicaments pour gérer la douleur pendant mes règles. Maintenant je n’en ai plus besoin. Du moins, presque plus besoin.

Le weekend dernier, alors que j’avais mes règles, j’ai voulu faire un test. Je voulais voir combien de temps je pourrai tenir sans médicament. La plupart du temps, je sais ce que je dois faire et ce que je ne dois pas faire pour gérer la douleur dans ces difficiles moments du mois. J’ai appris cela au fil des ans. Je sais comment respirer pour calmer mon corps, je sais quoi manger et boire. Plus important encore, je sais ce qu’il ne faut PAS que je mange et boive pour éviter des crises de douleur.

Quand tout a viré au cauchemar

Alors que tout se passait plutôt bien le weekend dernier, j’ai fait une erreur. Une erreur bête. Mais j’en ai payé le prix. Ce qui s’est passé, c’est que j’ai bu quelques gorgées de café. Je ne bois normalement plus de café depuis des années. Je ne sais même pas pourquoi j’avais envie de boire du café ce jour-là. Surtout en période de règles. L’idée n’aurait pas pu être pire, vraiment. Je savais que le café est la pire des boissons pour générer des accès de douleurs. Mais je pensais que quelques gorgées seraient anodines. Quelques heures plus tard, j’ai commencé à ressentir un peu de douleur. J’ai cru que je pourrais les gérer. Je n’avais pas besoin de médicaments. Donc j’ai attendu. Et c’est ensuite que ça a viré au cauchemar.

La relation qui lie la douleur et les médicaments anti-douleur est asymétrique. Alors qu’une douleur peut monter aussi rapidement qu’un avion en plein décollage, les molécules chimiques d’un médicament contre la douleur semblent s’agiter aussi lentement qu’un escargot sur une feuille de bananier. Autrement dit, la douleur grimpe rapidement alors que le médicament est long à agir. Beaucoup trop long.

Donc tout a (re)commencé. J’ai senti la douleur s’intensifier. J’ai essayé de la contrôler comme j’ai pu. Mais c’était déjà trop tard. Je savais que j’allais encore m’écrouler, que j’allais encore vomir. Je savais que mes intestins allaient s’agiter puis me lâcher. Alors j’ai fait la posture de l’enfant, en espérant que cela m’aide. Mais je ne pouvais pas fermer les yeux car je me sentais nauséeuse. J’ai donc couru aux toilettes… heureusement que j’étais dans un 20 mètres carrés, les toilettes ne sont jamais trop loin… J’ai mis ma tête dans les toilettes, vomi plusieurs fois. Ensuite j’ai soulagé mes intestins. Je n’ai jamais dit que l’endométriose est une maladie classe, hein ! Puis je me suis allongée sur le sol des toilettes et j’ai attendu.

Une longue attente…

A la différence des fois précédentes, je n’avais personne à appeler au secours. J’étais en France et mon chéri était en Thaïlande. Je n’avais pas d’ami.e suffisamment proche à appeler pour lui expliquer que j’allais sûrement faire un malaise sur la cuvette de mes toilettes. En plus, mon téléphone était à plusieurs mètres de moi, c’était bien trop loin. J’ai donc attendu. J’ai essayé de méditer : « Rien n’est permanent, cela passera », comme ils disent.

La douleur a commencé à passer un peu. Je me suis trainée jusqu’à mon lit. J’avais toujours mal mais j’étais au chaud dans mon lit. Il fallait juste attendre un peu plus, le temps que le médicament fasse son effet.

…jusqu’à ce que je sois stone

Deux heures plus tard, ça y était, j’étais stone. C’était le moment ou l’anti-douleur avait gagné la bataille contre la douleur. Le calme après la tempête. Je me sens vraiment stone dans ces moments-là. Ce n’est pas stone dans le sens hallucinatoire, mais c’est plutôt un sentiment d’être un peu pompette après avoir bu une bière et un verre de cidre. Oui en effet, je n’ai pas besoin de boire beaucoup pour être pompette… Dans ces moments de plénitude, c’est comme si je remettais ma vie en perspective. Il pourrait arriver n’importe quoi et je l’accepterai. Rien n’est impossible. Tout est magnifique.

Ce sentiment d’être stone après une douleur intense m’est arrivé plusieurs fois. J’ai donc fait mes recherches. Est-ce vraiment possible d’être stone après qu’une douleur intense soit partie ? Ou est-ce que tout se passe dans ma tête ?

Comment était-ce possible ?

Notre corps libère des endorphines pendant la douleur. L’objectif des endorphines est de réduire la sensation de douleur et nous faire sentir bien. Les endorphines agissent sur les récepteurs opiacés du cerveau pour réduire la douleur. Ce sont les mêmes récepteurs qui sont activés lorsque l’on consomme de l’opium ou des drogues par exemple.

Dans mon cas, voici l’histoire qui s’est certainement passée dans mon cerveau. Le chef de l’armée des endorphines a dit à son escadron : « ok les gars, on a un problème. Il semblerait qu’il y ait une grosse douleur dans ce corps, géolocalisée au niveau de l’utérus. Envoyons la plus grosse armée d’endorphines que nous ayons. » Peut-être que l’armée d’endorphines a contribué à réduire la douleur, bien que je ne l’aie pas senti sur le moment. Mais quand l’anti-douleur a enfin fait son boulot, c’est-à-dire quand il a supprimé la douleur, l’armée d’endorphines était toujours en train de faire son affaire avec les récepteurs opiacés de mon cerveau. Et c’est ainsi que c’est arrivé : j’étais stone.

Bon, je ne suis pas sûre que mon interprétation de ce qui s’est passé dans mon cerveau serait validée comme telle par la science. Je ne pense pas que l’hypothèse de l’armée d’endorphines qui ait fait son affaire avec les récepteurs opiacés soit très scientifique… Mais au moins je comprends mieux ce qui s’est passé dans ma tête APRÈS que la douleur était partie. C’était juste une histoire d’endorphines et de récepteurs opiacés.

Ce que cette expérience m’a appris

Cette expérience m’a rappelé deux choses importantes :

  1. Quand on pense connaitre son corps suffisamment bien pour gérer la douleur naturellement… eh bien parfois ce n’est pas le cas.
  2. Quand on s’affranchit des règles de vie qui nous ont aidé.e.s à nous débarrasser d’une maladie chronique, soyons sur.e.s. que notre corps nous rappellera DE NE PLUS OUBLIER CES P***IN DE RÈGLES LA PROCHAINE FOIS. Mon corps m’a clairement fait passer le message, je m’en souviendrai.

L’endométriose : un peu d’optimisme

J’ai conscience que cette histoire n’est pas vraiment positive. Peut-être que j’aurais plutôt dû publier un texte sur la façon avec laquelle j’ai guéri (en grande partie) mon endométriose. Ça aurait été plus encourageant, non ? Les médecins disent généralement que l’endométriose ne guérit pas, qu’elle s’aggrave avec le temps. Je sais maintenant que ce n’est pas tout à fait vrai. Bien que je sois consciente que mon endométriose ne disparaîtra pas complètement (et j’en ai eu la preuve le weekend dernier), je sais qu’elle peut s’améliorer avec des méthodes naturelles, car je l’ai vécu. En ce qui me concerne, la pratique du yoga et SURTOUT le changement de mon régime alimentaire m’ont aidée à énormément améliorer mes symptômes. En dehors de l’épisode du weekend dernier, j’ai désormais rarement besoin de médicaments pour la douleur.

Je fais donc la promesse que la prochaine fois que je publierai un article sur l’endométriose, ce sera une histoire plus optimiste. Parce que l’endométriose peut être une histoire (un tout petit peu) positive.

D’ici-là, Namaste… et évitez le café !

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